Voyage dans les Cyclades : NAXOS par Marianne et Marc Sylvestre de Sacy

Publié le par Les amoureux de la Grèce

Vendredi 8 octobre 

                       

                                                  NAXOS

 

  

L’arrivée sur Naxos, annoncée par la grande porte du temple d’Apollon, est magnifique.
08.10-2--Arrivee-Naxos-002.jpg  
  08.10-2--Arrivee-Naxos-006.jpg

               L'arrivée sur le port de Naxos, avec la vue sur le kastro vénitien

Naxos, la plus grande île des Cyclades, vécut son âge d’or de 3.200 à 2.300 av.J.-C. En témoigne une profusion d’objets, de vases, d’œuvres d’art taillées dans le marbre de ses carrières. C’est elle qui fonda la première ville grecque de Sicile, portant d’ailleurs toujours son nom, Naxos, près de Taormina. Ile fertile placée sous la protection de Déméter, déesse des moissons, et de Dionysos, dieu des vignes, elle produit toujours de très bons produits agricoles tels que pommes de terre, vins, agneaux, liqueur de cédrat et est relativement riche de sources et de forêts. On y trouve aussi de l’émeri, minéral abrasif universellement employé.

C’est à Naxos que Thésée abandonna Ariane qui l’avait pourtant aidé à sortir de l’antre du minotaure. Elle fut heureusement consolée par Dionysos.

Dionysos, dieu primaire de la végétation, ne pouvait être définitivement effacé par les paysans chrétiens et fut donc converti en Saint Dionysos. Voici comment la tradition orale raconte son arrivée à Naxos :

« En route pour Naxos, Saint Dionysos aperçut une petite plante qui excita sa curiosité. Il la déterra,  et comme le soleil était chaud, il chercha quelque chose pour la protéger de son ardeur. Il trouva  donc un os d’oiseau non loin de là et y mit la plante en sûreté, mais elle se mit à pousser et il lui fallut trouver quelque chose de plus grand pour l’abriter. En cherchant il trouva un os de lion et, ne  pouvant détacher la plante de l’os d’oiseau, il mit le tout dans l’os de lion. Mais la plante continua à  grandir sans arrêt et, cherchant quelque chose pour la mettre, il trouva un os d’âne et plaça le tout  dedans.   Il arriva donc à Naxos où il planta le premier pied de vigne, car la petite plante en question était la  première vigne ; il ne put la séparer de ses enveloppes et planta le tout ensemble dans la terre. La vigne donna des raisins, les hommes firent du vin avec et en burent pour la première fois ! En  commençant à boire, ils chantèrent comme des oiseaux, puis ils continuèrent et ils devinrent fort comme des lions, puis ils continuèrent encore, et finalement ils devinrent bêtes comme des ânes ! »

Les îles grecques – Lawrence Durrell

Ce sont les riches Naxiens qui, au 6e s. av. J.-C., élevèrent à Délos la statue géante d’Apollon.

Rivale de Paros pendant des siècles, elle eut le malheur d’être prise par les Perses en 490, ce qui entraîna une certaine décadence jusqu’à la reconquête par Athènes.

Au temps de l’empire byzantin, elle construisit de nombreuses petites églises. Elle ne fut pas trop dérangée dans ses croyances par la conquête arabe : des arrangements pécuniaires sauvegardèrent sa relative indépendance. Elle connut ensuite les Vénitiens, d’où son fabuleux kastro, véritable dédale digne de l’antre du minotaure, mais plus plaisant ! Trop petites pour les voitures, ses rues sont calmes…

Les Turcs respectèrent son autogestion et les Jésuites y fondèrent d’excellentes écoles fréquentées par les bonnes familles îliennes.

Nous commençons par nous attabler dans une taverne du port…cela devient une habitude ! Au menu, après la traditionnelle feta et les mezzés, du chevreau fondant. Accrochés à des ficelles devant les restaurants, des poulpes forment d’étranges fleurs de chair. Les pêcheurs ont l’habitude de les taper vigoureusement comme des carpettes sur le bord du quai pour les attendrir. Cœurs sensibles, s’abstenir !

Nous partons en autocar pour le centre sud-ouest de Νaxos, près d’Ano Sangri : Nikos Kazantzakis notamment y fit ses études chez les Ursulines.

Pour l’instant, ce qui nous intéresse, c’est le temple consacré à Déméter qui domine la campagne.

08.10(3)-Demeter,Drossiani,Apir 002

Sanctuaire agricole regroupant cinq villages, il dresse encore ses colonnes en marbre. Il faut imaginer que son toit aussi était en dalles de marbre inclinées ; assez fines, elles laissaient filtrer la lueur du jour à la fin des cérémonies nocturnes qui s’y déroulaient. Le sol était volontairement gardé en terre battue pour un meilleur contact avec les divinités terriennes et même souterraines telles que Perséphone et Héphaïstos. Des offrandes étaient déposées dans des trous creusés dans le sol. Le temple fut transformé en église au 5e s, mais l’église a disparu dans le centre du temple ; il reste une modeste chapelle reconstruite à côté.

 

08.10(3)-Demeter-002-2

 08.10-3--Demeter-002-3.jpg

Ci-dessus, le temple tel qu'il devait se présenter avec les colonnes soutenant le toit de marbre. A droite, les lignes noires indiquent le temple à son origine, le tracé jaune délimitant les contours de l'église chrétienne, disparue ultérieurement.

Le vent nous fouette et malgré le soleil, il ne fait guère chaud. Nous abrégeons la visite pourtant pleine de charme et de magie.

08.10-3--Demeter-Drossiani-Apir---004.jpg

Nous repartons, toujours dans le centre de l’île appelé Tragea, pour visiter l’une des églises les plus anciennes de Grèce, la Panaghia Drosiani, Notre Dame de la Rosée.

« Une chapelle blanche

 Une vieille en noir

Y brûle de l’encens… »

Lorand Gaspar

Nichée dans une oliveraie et précédée d’une allée de cyprès, c’est une toute petite église bâtie au 9e-10e s en pierres rugueuses. Il y fait sombre. Nos yeux s’habituent peu à peu découvrant des fresques très anciennes dans les voûtes absidiales. Dans la coupole centrale, deux Christ se font face, l’un barbu, homme fait, l’autre imberbe, divin, représentant ainsi les deux natures du Christ. Dans une voûte latérale, une très belle vierge s’épanouit en douceur.

08.10-3--Demeter-Drossiani-Apir---007.jpg                                    La Vierge de la Panaghia Drossiani

C’est une Vierge Nicopios, c’est-à-dire victorieuse ; ce qualificatif lui vient du Général Comnène (à l’origine d’une lignée d’empereurs byzantins) qui, en 978, lui attribua la victoire dans la défense de la ville de Nicée ; au milieu de sa poitrine, s’épanouit un cercle dans lequel se trouve Jésus.  

 En 730, l’empereur Léon III interdit l’usage d’icônes du Christ, de la Vierge et des saints, et ordonne leur destruction. Il est en effet possible qu’il ait été influencé par la proximité du monde musulman, pour qui l’idée même d’une représentation visuelle de Dieu est odieuse.  

La controverse iconoclaste naît du refus de nombre de Chrétiens, vivant ou non dans l’Empire romain d’Orient, de détruire leurs iconostases. Le second concile de Nicée en 787 autorisa à nouveau le culte des images, tout en interdisant sévèrement leur commerce.

La raison doctrinale tient en ceci : si le Christ s’est incarné, il est donc possible de représenter physiquement le Fils de Dieu, et de peindre les saints. Le fondement de l'iconodulie se trouve aussi dans la Bible mais, plus particulièrement, dans l'Évangile. En effet, Jésus dans son dernier repas du Jeudi Saint, dut répondre à la question de l'apôtre Philippe: « Seigneur, montre-nous le Père ; cela nous suffit. » Jésus lui répondit : « Il y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne me connais pas, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père. Comment peux-tu dire : 'Montre-nous le Père' ? Tu ne crois donc pas que je suis dans le Père et que le Père est en moi ! » (cf. Jn 14,8-10)

De ce fait, il est possible de représenter Dieu en la personne de son Fils incarné en Jésus-Christ.

Les icônes de Marie, mère de Dieu (Theotokos) en son Fils Jésus-Christ, sont aussi très populaires. Les icônes sont aussi des supports de vénération des saints, considérés, par leurs vies, leurs exemples et leur pouvoir d'intercession, comme les reflets de la gloire du Christ. Les iconodules se distinguent ainsi des idolâtres: ils vénèrent non pas des divinités matérielles et sans vie propre (les idoles) mais des icônes, représentation de vraies personnes ayant vécu dans l'intimité avec Dieu.

-Contenu soumis à la licence CC-BY-SA 3.0. Source : Article Iconoclasme de Wikipédia en français (auteurs)

                                            

 

08.10(3)-Demeter,Drossiani,Apir 006  

Ces fresques sont des survivantes quasi  miraculées car elles ont échappé à la furie des iconoclastes qui sévirent après le 8es. Au contraire de l’Italie, la Grèce compte très peu de fresques anciennes à cause de cet épisode douloureux de l’empire byzantin.

 Nous quittons ensuite la région de la Tragea, centre byzantin de Naxos. La région est assez montagneuse, le mont Zas (Zeus) culmine en effet à 1001 m. L’autocar nous fait monter tout en haut d’un col d’où la vue s’étend sur la côte est de l’île. De très beaux villages s’étagent sur les flancs des montagnes. Certains ont la particularité d’être peuplés de Crétois qui vinrent s’installer au 19e s. et ont gardé leur dialecte. Pour preuve, les noms des habitants qui se terminent en –akis.

08.10-3--Demeter-Drossiani-Apir---008.jpg

 Nous nous arrêtons pour parcourir rapidement l’un d’eux, Apirathos. Il y fait froid car nous sommes en altitude et le vent est dur. Les γιαγιάδες (grand-mères) du village semblent n’avoir aucune difficulté à grimper  le long des rampes –on peut à peine parler de rues !- et des escaliers de ce village accroché. Des chats s’étagent sur les marches des ruelles.

Nous continuons l’excursion en passant devant les carrières de marbre où l’on peut apercevoir de gros blocs cassés laissés sur place par les artisans et nous terminons par une visite au kouros couché près de Mélanes.

« Ses yeux cessèrent de briller ; mais son regard devenu vague et fixe a acquis des propriétés  singulières : il contemple le soleil sans ciller ; peut-être trouve-t-il du plaisir à considérer cet objet  d’une blondeur éblouissante. »

L’homme qui a aimé les Néréides – extrait des Nouvelles Orientales – Marguerite Yourcenar.

 Le kouros est un beau jeune homme taillé au 6e s mais dont une jambe se brisa probablement lors de la manipulation. On le laissa donc là, couché sur le lieu de l’accident, un peu comme à Assouan l’obélisque gigantesque qui se cassa lors du transport et reste à tout jamais couché. Il git à l’ombre des chênes-verts épais.

Le soir tombe, nous avons hâte de rentrer, mais Mi veut absolument voir une fontaine antique, à moins que ce ne soit une source…qui serait dédiée, sinon aux Néréides, du moins à des géants lanceurs de rochers qui aidaient les carriers. Marc, Mi, Marie-Claude et Constantin disparaissent dans les frondaisons. Nous finissons par demander au chauffeur de klaxonner pour les rappeler. C’est sûr, ils paieront l’apéro ce soir !

08.10(3)-Demeter,Drossiani,Apir 013 

Nous avons encore une longue route sinueuse à faire et félicitons le chauffeur pour son adresse dans ces lacets exigus. Nous regagnons l’hôtel Coronis, situé sur le port ; Marc se plaint de s’être foulé la cheville en descendant du car, mais François lui donne les médecines appropriées.

Le dîner a lieu dans la même taverne que ce midi. L’ambiance y est assez bruyante et gaie.

 

Samedi 9 octobre 

                                                  NAXOS- SANTORIN

 

09.10(1)-Musée Naxos 004Il fait beau, grand soleil. Nous grimpons vers le Kastro de Naxos jusqu’au musée archéologique situé dans un ancien couvent de sœurs Ursulines. Pour y monter, nous zigzaguons entre de nobles maisons aux blasons armoriés édifiées par les Vénitiens au 13e s. On remarque ainsi la maison Della Rocca-Barozzi qui abrite un petit musée médiéval et organise des concerts.

Le kastro comporte encore une cathédrale catholique romaine qui conserve sur son autel une belle icône miraculeuse, appelée icône flottante puisque jetée à l’eau près de Constantinople, elle flotta jusqu’à Naxos.

Le musée de Naxos est surtout célèbre pour sa collection d’idoles cycladiques datant du 3e millénaire.  De lignes très pures, quasi géométriques, elles représentent des hommes ou des femmes peut-être couchés, peut-être debout, la nuque curieusement en extension, les bras croisés sur le thorax. Les visages sont à peine esquissés, le sexe et les seins parfois marqués. A quoi étaient-elles destinées ? Le mystère est loin d’être éclairci. Objet votif, idole, représentation d’un défunt ?

 

 

09.10-1--Musee-Naxos-005.jpg  09.10-1--Musee-Naxos-003.jpg
   

DSC03990

 Elles sont en tout cas plaisantes à regarder et ont inspiré des artistes modernes, tel Brancusi par exemple. 

A cette époque si lointaine, les Cyclades commerçaient déjà beaucoup avec tout le Moyen-Orient et même l’Occident de la Méditerranée et l’on peut admirer de nombreuses poteries délicatement décorées. Sur la terrasse du musée des mosaïques plus récentes ont été reconstituées.

09.10-1--Musee-Naxos-008.jpg  09.10-1--Musee-Naxos-011.jpg

                                 Décors d'une poterie et le détail d'un sceau.

                       Ci-dessous, détail d'une mosaïque sur la terrasse du musée.

  

09.10-1--Musee-Naxos-013.jpg

 

 

Vers 13 heures, nous embarquons sur le Blue Star, destination Santorin. Deux heures de mini-croisière et déjeuner à bord.

 

 

  Prochaine étape : SANTORIN

Publié dans VOYAGES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

(Clovis Simard,phD) 12/03/2011 13:05


Bonjour,

Vous êtes cordialement invité à visiter mon blog.

Description : Mon Blog(fermaton.over-blog.com), présente le développement mathématique de la conscience humaine.

La Page No-17: MARIE ! OUI, LA MÈRE DE DIEU !

LA GOUTTE DE LA MER ! THÉORÈME DE MARIE

Mathématiques d'EULER.

Cordialement

Clovis Simard