Voyage dans les Cyclades du 4 au 11 octobre 2010 conté par...

Publié le par Les amoureux de la Grèce

                                 ... Marianne et Marc SILVESTRE de SACY -
                                              Texte :  Marianne, photos : Marc 

                                     « Mon cœur s’est pris au mirage des eaux »  Jean Giono

 

marc Lundi 4 octobre

Le départ a lieu de Roissy à 14 h 20 sous la pluie. Compte tenu de l’heure supplémentaire que nous prenons en allant vers l’est, nous arrivons à Athènes à 18 h 40. Nous devons traverser une couche nuageuse impressionnante avant d’atterrir, mais finalement à Athènes, il fait beau ! Notre hôtel est l’Eden Beach à quelque 25 kms à l’est d’Athènes, ce qui nous fait traverser la banlieue. Aussi bien l’aéroport que les routes sont neufs et en bon état ; on voit que les jeux olympiques sont passés par là.

 Nous faisons la connaissance de Constantin, notre guide et, au dîner de Christiane et François (dont nous trouvons qu’il ressemble à l’acteur Anthony Hopkins) et de Bernadette et Gérard (Briviste rugbyman et chercheur de cèpes).

Coucher à 21 h.

  Mardi 5 octobre                            

                                              MIKONOS ET DELOS

 

Lever à 3 h 30 !!! Nous prenons l’avion pour Mykonos à 6 h et nous y arrivons en 30 minutes. Un bus nous conduit à l’hôtel Olia, ravissant meccano de cubes blancs et de boiseries bleues. Notre chambre est toute blanche avec des meubles et un plafond en bois sombre. Malheureusement l’hôtel est situé sur la route assez étroite et très passante qui borde la mer et assez loin de Mykonos ; il nous sera donc impossible de nous promener le long de la côte sans risquer de nous faire écraser !

Le soleil se lève, le vent est frais. Nous prenons le petit déjeuner sous l’auvent face à la mer puis nous reposons une demi-heure avant de prendre le bateau pour Délos.

0001 - 05.10-Délos  

Constantin nous emmène tambour battant pour une longue visite de cette île musée. 

Dès le 8es av.J.-C., les Ioniens y avaient établi un culte à Apollon et de nombreux pèlerins venaient faire leurs dévotions au temple dédié à ce dieu de la beauté et de la lumière qui était, paraît-il, né sur cette île. C’était donc déjà une île riche et sacrée sur laquelle il n’était pas permis de naître ni de mourir ; le cimetière se trouve sur une île en face de Délos, Rhinia. Délos était la capitale d’un conglomérat d’îles appelé Amphictyonie.

Au 5es av.J.-C., Délos devint en plus le siège de la Ligue du même nom, imaginée par les Athéniens afin de fédérer les cités grecques contre le danger perse. Elle était donc le lieu où les Athéniens gardaient le trésor de la Ligue. Port franc et très commerçant, elle regroupa jusqu’à 25.000 habitants. Elle fut mise à sac en 88 av.J.-C. par Mithridate, roi du Pont (actuelle Turquie) et son déclin commença.

En sortant du bateau, on emprunte l’avenue des processions et on longe un portique élevé par Philippe V de Macédoine (210 av.J.-C.). On entre ensuite dans le vaste sanctuaire d’Apollon. Le premier grand édifice est la maison des Naxiens (6es av.J.-C.), construit par les habitants de Naxos et où s’élevaient jadis une statue gigantesque d’Apollon et un palmier de bronze, image de l’arbre sous lequel Léto mit au monde le dieu.

« Alors Léto étreignit le palmier dans ses bras, elle appuya ses genoux sur la terre molle et sous elle la « terre sourit et l’enfant bondit à la lumière du jour. Toutes les déesses crièrent leur joie. Alors, ô « Phébus, les déesses te lavèrent dans une eau douce, limpide et pure, et elles te donnèrent pour « langes un voile de tissu blanc, léger et frais et l’attachèrent avec une ceinture d’or »   Homère.

Phébus = le brillant, Xantos = le clair, Chrysosomes = celui qui porte des boucles d’or : les trois qualificatifs du dieu solaire.

Du palmier, il ne reste rien et de la statue géante d’Apollon, il reste la base où s’élevait le colosse : lors d’une tempête particulièrement forte, le palmier de bronze s’abattit sur la statue qui fut renversée et cassée ; deux fragments déplacés plus loin, dont un morceau de torse herculéen, poli par le temps et le vent, sont encore visibles. Le reste fut dépecé et réemployé car le marbre en est superbe.

Suivent à droite trois temples à Apollon qui se sont succédés dans le temps : le temple dorique des Déliens (5e-3e s), celui des Athéniens (5e s)et celui de Poros, nom de la pierre calcaire dans laquelle il fut

construit (6e s).

A gauche, se dressent les colonnes tronquées du temple d’Artémis, la sœur d’Apollon. C’est là que se dressent encore les restes de la statue géante d’Apollon.

On arrive ensuite dans un centre urbain hellénistique qui comporte notamment l’agora des Italiens (2es av.J.-C.), la plus vaste place de Délos où les Romains exerçaient leur commerce. Chaque commerçant important y avait sa loge décorée de mosaïques. Celles-ci ont été transférées au musée.

Le temple de Léto se reconnaît à sa banquette installée le long d’une façade… et l’on arrive enfin devant l’emblème touristique de Délos, les lions ! En réalité, ce sont des copies ; les cinq originaux se trouvent à l’abri au musée. Il faut dire qu’ils sont bien usés ces vieux lions, polis par le vent marin et rongés par le sel. Sculptés à la fin du 7e s. av.J.-C. à la demande des Naxiens, ils étaient neuf ou seize, on ne sait exactement, à garder le temple de Léto. L’un d’eux se trouve maintenant à Venise, à la porte de l’arsenal.

0006- 05.10-Délos) Tous regardaient vers le lac sacré qui marque le lieu de la naissance d’Apollon et d’Artémis, les jumeaux divins, enfants de Zeus. Actuellement il reste une sorte de mare asséchée, plantée d’un palmier en son centre et où paressent les lézards.

 Notre guide peste contre les chats, importés par l’homme alors qu’ils ne sont pas endémiques sur Délos et risquent de rompre l’équilibre écologique : disparition des lézards et des grenouilles notamment. Il semble heureux d’entendre cependant coasser une grenouille.

Nous finissons de visiter ce côté de l’île par l’établissement des Poséidoniens, où se réunissaient sous l’égide de Poséidon, les marchands et armateurs de Berytos, l’actuelle Beyrouth. Le quartier comporte aussi de riches maisons ornées de mosaïques (maison des tritons).

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Nous visitons ensuite le musée où nous admirons les fameux lions, toutes sortes de statues et de belles mosaïques, notamment celle représentant une panthère.

 « A Délos à midi, le vent dessèche les lèvres et le cœur, agite l’herbe roussie et murmure parmi les « ruines. Au large du port sacré, le Meltemi a commencé à agiter l’eau du détroit qu’il va faire « blanchir comme du lait qui bout ». Les îles grecques -   Lawrence Durrell.

 

0009 - 05.10-Délos  05.10(1) - Délos - Statues du temple des Athéniens
0015 - 05.10-Délos  

Pour finir cette longue visite sous un chaud soleil, Constantin nous emmène

dans l’autre partie de l’Île, à flanc de colline, vers la terrasse des dieux étrangers. Au passage, nous visitons la maison de l’Hermès (2e s), appelée ainsi car l’on y découvrit une belle tête du dieu (5e s) sensée protéger la maison et ses habitants, pour la plupart commerçants. Bien restaurée, elle comporte encore un étage sur son péristyle, où nous pouvons monter et d’où l’on a une belle vue sur l’île.

Nous voici maintenant sur la terrasse des dieux étrangers où s’alignent des temples à différents dieux orientaux : Isis venue d’Egypte, Sérapis venu d’Alexandrie, Atargatis et Hadad, deux dieux syriens.

 

Atargatis

Grande déesse du nord de la Syrie ; son principal sanctuaire se trouvait à Hiérapolis-Bambyce (moderne Membidj) au nord d'Alep, où elle était vénérée avec son parèdre Hadad. Son ancien temple fut reconstruit en ~ 300 environ par la reine Stratonice, et ce fut sans doute en partie grâce à ce patronage que son culte se répandit dans diverses parties du monde grec où la déesse était généralement considérée comme une forme d'Aphrodite.

Tout d'abord, elle fut une déesse de la fertilité, mais, en tant que baalan (maîtresse) de sa ville et de son peuple,  elle était également responsable de leur sécurité et de leur bien-être. Elle était donc souvent représentée portant la couronne et tenant une gerbe de blé, tandis que les lions qui portent son trône symbolisent sa puissance et son pouvoir sur la nature.

 

Hadad

Dans le panthéon classique, Hadad, fils d'Anu, est le dieu de l'orage mésopotamien, mais son culte s'étendait largement au-delà de la Mésopotamie en particulier en Syrie, où il se confondit avec son homologue syrien Baal et le hourrite Teshub. Son symbole est la foudre ; on le comparait volontiers à un taureau sauvage. Il était assimilé, en astrologie, à la constellation du Corbeau. Ses manifestations sont essentiellement l'orage et les pluies diluviennes qui l'accompagnent. À ce titre, on l'invoquait dans les malédictions pour qu'il noie les récoltes du parjure ou, au contraire, pour qu'il provoque la sécheresse, donc la famine. Comme personnalité positive, il donne l'abondance agricole et préside, avec le dieu-Soleil Shamash, aux consultations oraculaires et à la prédiction de l'avenir.

Faute de temps avant le retour en bateau, nous ne montons pas jusqu’en haut du mont Cynthe.

En redescendant, nous passons en vue du théâtre, puis nous traversons un quartier de riches

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maisons d’époque hellénistique. Elles sont surtout remarquables par leurs mosaïques dont les sujets leur donnent leurs noms : maisons aux dauphins, maisons des masques qui comporte une frise de masques de comédie et où Dionysos chevauche une panthère, entouré de centaures ; maison du Trident (Poséidon),  

Egalement, la maison de Tanit au symbole en triangle.

Tanit est une déesse d'origine phénicienne chargée de veiller à la fertilité, aux naissances et à la croissance. Elle était la déesse tutélaire de la ville de Serepta et son culte prit de l'ampleur à Carthage où elle était nommée Oum. Elle était la parèdre du dieu Ba’al Hammon.

 

IMAGES DE DELOS

 

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Notre guide Constantin devant le temple des Naxiens et le socle de la statue d'Apollon.

 

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Le temple d'Isis

 

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Mosaïques (à droite, le triangle de la maison de Tanit)

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Il est 13 h 30 ; voilà déjà dix heures que nous sommes levés ! Nous reprenons le bateau qui roule un peu car le vent est fort et la mer hachée. Au loin se profilent Naxos et Tinos où se tient un pèlerinage à la Vierge très important pour les Grecs. A 15 h nous sommes enfin attablés à Mykonos pour un déjeuner bien mérité. Notre restaurant se trouve à l’arrière du chevet d’une minuscule église toute bossue d’un blanc éclatant. Elle fait partie d’un ensemble de chapelles qui se dressent près de la porte du « kastro ».

                                           « Sur la petite église du village le sel ruisselle,

Coupoles écaillées de tuiles,

 Tirelires pleines de Dieu… »  Kiki Dimoula

Nous retrouverons dans chaque île un quartier du « kastro », terme italien qui désigne toute place-forte aménagée du temps des croisades par les Vénitiens qui avaient colonisé les îles grecques.

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Nous avons ensuite du temps libre pour flâner dans les minuscules ruelles de Mykonos qui, pour certaines, aboutissent abruptement à la mer ; on appelle ce quartier la petite Venise, mais c’est bien plus marin et battu par les vents. Les terrasses de restaurants qui sont installées au bout des ruelles sont souvent giflées par les vagues. Nous montons jusqu’aux moulins gracieux de Kato Mili, légers comme des libellules ; ils servaient à moudre la farine avec laquelle on confectionnait les biscuits de marins.

 

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« …rien ne ressemble à cet extraordinaire village cubiste avec ses ombres voltigeuses et le cauchemar « éclatant de sa blancheur hantant l’heure de midi et donc votre sieste. Ses colonnades, les boucles de « ses rues aux maisons comme des niches à chien projetant d’extravagants balcons branlants en bois « peint tournent et tournent sans fin sur elles-mêmes en colimaçons et labyrinthes, effaçant peu à peu « tout sens de l’orientation, jusqu’au moment où l’on se sait irrémédiablement perdu… »

Les îles grecques – Lawrence Durrell.

Mykonos dans l’antiquité était une île peu importante et aride. Elle fut longtemps un repaire de pirates malgré sa soumission aux Ottomans. Ce n’est qu’au 18es qu’elle devint prospère grâce aux armateurs et commerçants. Après une période sombre due au développement de la marine à vapeur, elle renaquit grâce à l’intérêt que suscita Délos, sa voisine, et bien sûr c’est maintenant le tourisme qui la fait vivre.

Ensuite nous rejoignons notre guide pour prendre le bus et faire un petit tour de l’île. Nous nous arrêtons vers le centre de l’île à Ano Mera où se trouve le monastère de la Panagia Tourliani qui abrite une icône miraculeuse de la Vierge. A l’entrée, nous sommes reçus par un vieux pope typique, tel qu’on peut l’imaginer : longue barbe, soutane grise, calot sur la tête, un bon sourire… Il nous sert de cicérone, traduit par Constantin.

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La légende de l’icône, en cire, trouvée en 1767 dans le village de Tourlos et qui n’aurait pas brûlé lors d’un incendie, a entraîné la construction d’une magnifique iconostase

 

 que notre guide veut appeler « templon », à la grecque. Ce templon fut sculpté en 1775 par des artistes florentins et enserre de très belles icônes, elles-mêmes serties par des « rezas » d’orfèvrerie. Des bijoux sont accrochés à ces rezas, offerts en ex-voto à la Vierge. Un encensoir à têtes de dragons aux yeux rouges dénote des influences orientales. La cour du monastère est ornée d’un puits en marbre et un grand clocher recouvert de plaques de marbres colorés s’élève à côté. Détail amusant, sur l’une de ses parois, se dessine la silhouette d’un saint qui ressemble à notre vieux pope. Des chats gardent l’entrée de l’église avec sérénité.

 

05.10(2) - Mykonos 026 

« Le climat permet aux habitants des îles de passer une grande partie de leur vie à l’extérieur des  maisons. Les chats partagent cette habitude typiquement méditerranéenne. (…) Il est interdit aux chats de franchir le seuil, les Grecs n’acceptent pas les animaux à l’intérieur…à l’exception du canari. Ces chats, qui sont des chats domestiques, ne sont ni abandonnés, ni sauvages, ils partagent  depuis des siècles la vie des hommes. Les Grecs de ces îles les aiment sans vraiment les aimer, ils les  soignent sans vraiment les soigner ; mais ils les acceptent totalement. Ces chats font partie de la vie  quotidienne, ils sont là depuis toujours, tout comme le vent, le soleil, la mer, le jour et la nuit. (…)  Plus l’architecture est ordonnée, rigide, dépourvue de fantaisie, moins le chat se sent bien. Il aime  les formes libres, les niveaux variés, les lignes courbes, les tracés obliques, les constructions  irrégulières, les matériaux de toutes sortes. Il est bien évident que le mode de construction de ces  villages blancs des Cyclades lui convient parfaitement. Les chats vivent sur deux niveaux, autant sur  les toits plats que sur le sol. Ils utilisent les balcons comme des tremplins pour franchir les ruelles au  vol. Quand ils le souhaitent, ils trouvent un endroit sûr d’où ils peuvent tout observer et attendre  sans être vus. Cette architecture convient beaucoup moins aux chiens et garantit aux chats une  supériorité incomparable. Pour qu’une architecture leur plaise vraiment, elle doit offrir quelque  chose d’essentiel, la vue. En effet, ils éprouvent le plus grand plaisir à être étendus et suivre du  regard tout ce qui bouge, proche ou lointain. (…) La silhouette de ces chats contre les maisons  blanches fait partie de ce monde comme le bleu des portes et des fenêtres. »

Les chats du soleil  -  Hans Silvester

A 20 h nous dînons près de l’hôtel mais le chemin dans le noir le long de la route est vraiment dangereux ! Après une bonne rasade d’ouzo, nous mangeons nos premiers calamars, ce ne seront pas les derniers ! Quelle journée ! Nous avons l’impression d’être en Grèce déjà depuis 3 jours au moins tant nous avons vu de choses.

  « Le temps s’endort avec la musique des eaux

              Et le temps fleurit à la racine de tes rochers.

                                 Et toi ville inattendue du blanc et de l’ocre

 Tu étends tes mémoires humides

 Au vent de la mer Egée et l’identique lumière

 Et la mer calmement te berce

 Dans mon cœur. »

Dimitri manda

 

 

  PROCHAINE ETAPE : PAROS ET ANTIPAROS

 

Publié dans VOYAGES

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