ECHAPPEES MACEDONIENNES (SUITE 3)par Marie-Claude Jardel

Publié le par Les amoureux de la Grèce

 

   

PHILIPPES occupait une position stratégique sur l’ancienne route royale de Macédoine. Cette VIA EGNATIA n’était qu’une des nombreuses routes de l’Empire : soins de tous les empereurs, le réseau routier compta jusqu’à 80000 kilomètres à la fin du 2ème siècle apr.J.-C. et reliait l’ensemble du monde romain de l’Espagne à la Palestine, de la Macédoine aux pays du Maghreb et de l’Egypte.

PHOTO-19.JPG

 

 

   

Sur ces routes circulaient non seulement les armées et les marchandises mais aussi les hommes et les idées.

Car l’Empire romain c’est aussi une culture commune : langue, architecture et surtout religion.

Ainsi à PHILIPPES à côté des nouveaux cultes venus du Latium à savoir la triade Capitoline (Jupiter, Junon, Minerve) ainsi que le culte impérial, subsistaient les anciens dieux : divinités grecques (Dionysos, Artemis…), cultes orientaux (Cybèle, Zabazius…) et égyptiens (Isis) … Depuis la fondation de la cité tous ces dieux avaient leur sanctuaire dans la zone sacrée s’étendant vers l’est sur la partie haute du site.

Pourtant plus étonnant encore les archéologues ont retrouvé des gravures rupestres, réparties sur l’ensemble du site mais toujours bien visibles de la cité, sculptées dans des grottes, ou des niches à flanc de montagne. Ainsi entre le théâtre et la BASILIQUE A, les sanctuaires dits des ROCHERS.

PHOTO-20-copie-1.jpg  PHOTO-22.jpg

A l’époque de PAUL en 49 apr.J.-C., point de synagogue ou de basilique : la communauté juive se réunissait pour prier à l’extérieur de la ville, au bord d’un petit ruisseau à l’emplacement duquel se trouve aujourd’hui une petite chapelle comme l’atteste la conversion de LYDIA, première conversion chrétienne sur le sol de ce qui deviendra l’Europe

PHOTO-23.jpg

 

 Aujourd’hui encore bien des personnes s’interrogent !

  PHOTO-24.JPG

  

 

Très vite la cité devint une importante communauté chrétienne et dès le 6ème – 7ème siècle apr.J.-C. se couvrit de basiliques protobyzantines : telle la BASILIQUE A datée de

500 av.J.-C. d’une longueur de 100 mètres (elle avait la même superficie que le FORUM situait en contre bas de la route) sur 50 mètres de large, elle fut édifiée sur le lieu d’un martyr. En forme de croix latine,  deux colonnes marquant le transept. Elle disposait de 3 nefs sans coupoles : les croyants se répartissant sur les 2 nefs de côté.

PHOTO-25.JPG
 PHOTO-27.jpg PHOTO-26.jpg

  

 

PHOTO-28.jpg

 

Les femmes quant à elles s’installaient dans les galeries supérieures et les CATECHUMENES, n’ayant pas encore le droit de pénétrer dans l’édifice, se tenaient dans le NARTHEX.

Devant la basilique, un atrium avec une fontaine indispensable pour les ablutions, les premiers chrétiens se lavant toujours la tête et les mains avant de pénétrer dans une église (l’existence d’une source déterminait l’emplacement de la basilique) et à côté le BAPTISTERE où se déroulait le baptême pour adultes.

Puis au-delà le PRESBYTERE dont malheureusement on ne distingue plus que quelques traces de peintures murales

PHOTO-29-copie-1.JPG

 

On a bien du mal à s’imaginer aujourd’hui la splendeur passée de cette basilique dont on découvre néanmoins quelques rares vestiges abandonnés épars au milieu de la végétation , ou tout simplement judicieusement placés là par les archéologues comme pour mieux alimenter notre réflexion et guider nos pas lors de nos flâneries improvisées à travers les ruines.

PHOTO-38-copie-1.jpg  PHOTO-39.jpg

 

PHOTO-30-copie-1.JPG Ici le symbole païen côtoie le symbole chrétien : ainsi errons-nous de découvertes en découvertes, de la pierre sculptée de motifs,

 à l’architrave décorait d’animaux étranges,

PHOTO-31.jpg  PHOTO-32.JPG

  du chapiteau corinthien posait là,

PHOTO-33.jpg

 PHOTO-34.jpg

ultime témoignage de ce qui fut sûrement une des plus grandes basiliques protobyzantines au chapiteau ionique marqué d’une croix chrétienne (symbole de la christianisation de l’art païen).

 

 

Nos pas nous mènent devant d’émouvantes pierres gravées rongée par les mousses  ou émergeant à peine de la végétation

 

PHOTO-35-copie-1.JPG

 
PHOTO-36.jpg  PHOTO-37.jpg

Mais n’oublions pas que PHILIPPES est aussi un lieu de mémoire, aussi nous montre-t-on la citerne ayant apparemment servie de cellule de captivité à l’apôtre PAUL

PHOTO-40.jpg

 

Parvenus au bas de la colline, nous traversons la route qui, comme dans l’antiquité, coupe en deux la ville de PHILIPPES

PHOTO-41.jpg  PHOTO-42.jpg

et sépare la zone sacrée du FORUM :  plan extrait de M. SEVE:« de la naissance à la mort d’une ville : PHILIPPES en MACEDOINE »

1 : Basilique A

2 : tronçon urbain de la VIA EGNATIA

3 : Place publique (Agora)

4 : Portiques à arcatures

5 : Boutiques

6 : Rue

7 : Basilique B

L’implantation romaine bouleversa le plan de la cité grecque en lui donnant un schéma octogonal conforme à la fondation de colonies et l’on y retrouve comme dans toute cité romaine : forum, marché, palestre, thermes, hôtels…

Le FORUM romain, cour ouverte entourée de portiques, remplit plusieurs fonctions : c’est le centre administratif, (tribunal…) commercial ; culturel (bibliothèque, centre de lecture et archives de la colonie) et civique (conseil municipal, salle de réunion, tribune pour les orateurs). On y retrouvait aussi le temple dédié au culte du génie de la cité ou celui du culte impérial…

PHOTO-43.jpg  PHOTO-44.jpg

 

PHOTO-45.jpg

 

 

A PHILIPPES le FORUM se déploie de part et d’autre de la Via EGNATIA (n°2 et 6 sur le plan), et forme un ensemble clos puisque des portes monumentales permettaient de limiter la circulation des chariots et des animaux sur la rue principale et ainsi d’isoler le forum.

Au sud, il y avait des boutiques (n°5 sur notre plan) qui n’ouvraient pas sur la place mais sur la rue qui la longeait en contrebas.

PHOTO-46.JPG

 

Au-delà se trouvait un ensemble beaucoup moins connu : probablement un marché (c’est-à-dire une grande cour bordée de boutiques et ouvrant sur la rue par l’intermédiaire d’un vestibule et d’un vaste portique), une palestre (établissement de gymnastique et centre de conférences dont on peut reconnaître encore le plan en hémicycle) prolongée par des latrines !

Eh oui, dès le 2ème siècle apr.J.-C., la ville de PHILIPPES s’était dotée de ces WC publics : 42 places à usage exclusif des citoyens libres : un peu à l’écart du FORUM le lieu est aisément reconnaissable par son alignement de plaques de marbre percées de trous !

PHOTO-47.JPG  PHOTO-48.jpg

Des esclaves, non grecs, car le travail, bien que suffisamment payé, était sale et fatiguant, assuraient avant chaque utilisation le chauffage (car le marbre est une pierre bien froide !) et le nettoyage des lieux, aidés en cela par un ingénieux système de tuyaux de terre cuite qui passant dans un fossé sous les plaques amenait l’eau et assurait ainsi l’évacuation des déchets.

Là encore nous sommes seuls sur le site et nous pouvons ainsi errer à notre guise ce qui nous permet de découvrir des témoignages émouvants du passé, des traces de la vie quotidienne tels ces jeux gravés à même le sol (de tels cercles servaient au jeu de

la « marelle assise » : chaque joueur dispose de 3 pions et la victoire revient à celui qui place les siens en ligne continue),

 

 

PHOTO-49.jpg

 

 ces PITHOI ou grandes jarres permettant de stocker le grain, l’huile… entreposées là dans ce qui fut sûrement un magasin ?

PHOTO-50.JPG

 

ces pierres et stèles gravées : dédicaces en l’honneur d’un empereur, d’un dieu ou d’un haut fonctionnaire de la cité ?

PHOTO-51.jpg  52-A.jpg

A chacun sa découverte 

 

 

PHOTO-53.jpg

 
PHOTO-55.jpg  PHOTO-56.jpg

 et certains auront la chance de croiser, au détour d’une allée quelques résidants permanents des lieux ! 

 PHOTO-57-copie-1.JPG  PHOTO-58.JPG

Etrange !

Ainsi se dessine peu à peu le tableau d’un autre monde, hors des préoccupations du divin, celui des petits commerçants, des fonctionnaires, des simples oisifs, des soldats et des pèlerins, de tout un peuple vaquant à ses occupations quotidiennes .

 

 

A SUIVRE...

 

 

 

 

 

Publié dans VOYAGES

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article