ECHAPPEES MACEDONIENNES : LES METEORES par Marie-Claude Jardel

Publié le par Les amoureux de la Grèce

 

en tete  

 

                  Journal du voyage de l’association

                  Franco-hellénique de la Corrèze 

                            Samedi 10 octobre 2009

 

Les METEORES, dernier site de notre périple, ensemble de monastères construit au sommet de rocher, dont les anciens disaient qu’ils avaient été envoyés sur TERRE (d’ou leur nom de METEORES) pour permettre aux ascètes de se retirer et de prier.

Il s’agit en fait d’un conglomérat de galets liés  par un ciment sableux, provenant du lit du grand fleuve qui durant l’ère tertiaire occupait cet endroit. Le temps passa, le fleuve disparut,

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l’ensemble fut soulevé et l’érosion joua son rôle en dégageant ces gros blocs  arrondis.

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 Dès le 11e siècle, les premiers ascètes orthodoxes vivaient dans de simples grottes au pied des Météores, avant de s’installer dans des cavités de plus en plus élevées pour échapper aux attaques des brigands et aux envahisseurs.

Solitaires, ces ermites se retrouvaient uniquement pour la messe dominicale.

En 1356, SAINT ATHANASE chassé du MONT ATHOS rassembla les moines isolés et vulnérables pour fonder le monastère du GRAND METEORE qui domine toujours la vallée à 613 mètres d’altitude. Ces ascètes et stylites (du grec « stûlos » : colonne) établirent l’ascétisme solitaire sur les Météores. Dans le froid glacial, la privation, ces pieuses âmes se sentaient plus proches de Dieu : «Après avoir engagé un grimpeur qui l’a monté sur une des pierres, Athanase y a construit une hutte où il a passé sa vie." 

La communauté se développa pour connaître son apogée au 16e siècle avec vingt-quatre monastères, puis au 17e siècle commença  doucement à péricliter.  Certains monastères furent abandonnés ou détruits lors des différentes guerres : par Ali Pacha, au 19e siècle, puis par les troupes allemandes, lors de la seconde guerre mondiale.

Jusqu’à la moitié du 20e siècle, l’ascension vers les monastères était encore pénible et dangereuse limitant le nombre de visiteurs. Le seul moyen d’accès était le filet suspendu que l’on montait à l’aide d’une corde par un système de poulie : «Dans la corbeille en filet, on fermait les yeux, on serrait les dents pour supporter le balancement de l’air et on priait pour que la corde ne rompe pas.»  

 

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Et cela dura jusqu’en 1920, date de la construction des escaliers taillés et de ponts solides .

Seuls six monastères sont aujourd'hui en activité, ayant parfois été réoccupés après une période d'abandon :

·   Agios Nikolaos Anapavsas  (Saint Nicolas) et sa petite chapelle dont les fresques furent l’œuvre de Théophanis le Crétois.

·   Agios Stéphanos  (Saint Stéphane) habité aujourd’hui par des religieuses et qui possède un des plus riche musées des Météores

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  ·    Aghia Triada (Saint Trinité)

 ·    Grand Météore  ou monastère de la Transfiguration possédant de magnifiques fresques de l’école crétoise du 16e siècle et des manuscrits du 9e siècle.

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·      Varlaam et ses superbes fresques sur le jugement dernier.

 

Nous n’en visiterons que deux  : ROUSSANOU (SAINTE BARBARA)

                                             : SAINT NICOLAS (les fresques de ce monastère effectuées par le peintre crétois THEOPHANIS  en 1527 sont considérées, aujourd’hui, comme définissant le style et les règles de peinture postbyzantine. Ce sont les plus anciennes œuvres de l’artiste. Il jeta aux METEORES les bases classiques de l’ « école Crétoise » qui préfigureront ses futures peintures de l’église du GRAND LAVRA, chef-d’œuvre qui fit de lui le «peintre du MONT ATHOS».

 (Comme il est interdit de prendre des photos à l’intérieur des monastères, les images illustrant la suite du voyage proviennent  de copies des cartes postales glanées ici et là sur place) !

Une semaine n’avait pas réussi à émousser notre émerveillement, aussi chaque détour de chemin nous vit armés de notre appareil photos, les arrêts furent nombreux et prolongés

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 Nous commençons par le monastère de ROUSSANOU :

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Aujourd’hui couvent de femmes, c’est un vieux bâtiment de trois étages  

 

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dont l’origine se perd dans la nuit des temps : 1288 ? les historiens n’en sont pas sûrs de même que de l’origine de son nom.

Le 2e étage est occupé par l’église de la TRANSFIGURATION (édifice à deux colonnes en croix avec une coupole et un narthex) et les cellules des sœurs, tandis que le dernier étage est aménagé en chambres d’hôtes spacieuses bénéficiant d’une vue spectaculaire sur les METEORES.

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 Si les fresques de l’église de la TRANSFIGURATION  peuvent être datées  des années 1560,  en revanche le nom du peintre reste inconnu. Toutefois on note que ce dernier fut fortement influencé par l’école crétoise.

Le narthex est entièrement décoré de magnifiques fresques dont celle du  jugement dernier...

 

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  ...représentée sur le linteau au dessus de la porte menant à la nef. Le message est clair : «hors de l’église point de salut ». L'homme doit passer cette porte pour accéder au Paradis.

Occupant le haut de la fresque (non visible sur cette photo), une DEISIS (ou prière classique) : JESUS entouré de chérubins et de deux séraphins, à sa gauche MARIE et à sa droite SAINT JEAN BAPTISTE. Ils sont entourés d’anges et les douze Apôtres se tiennent derrière eux : c’est le Tribunal suprême. 

Sous la DEISIS est représenté le trône de l’ ETIMASIE, (Du grec ETOIMACIA  thème iconographique qui représente le trône vide du CHRIST, trône qu’il occupera lorsque viendra le jugement dernier. Ce trône vide nous rappelle que le jugement n’est pas encore arrivé)    sur lequel se trouve le LIVRE DES EVANGILES  symbolisant la Loi selon laquelle chacun sera jugé. On remarquera derrière le trône une lance, sur le devant une cruche et sur le trône une éponge.

Deux personnes se prosternent ADAM et EVE 

PHOTO 23  Sous le trône, c’est la scène de la PSYCHOSTASIA  (balance de la justice) :  le pesage pour le partage des âmes. Sur les plateaux reposent des rouleaux. Un des anges supervisant l’opération est armé d’un trident. Les gens sont jugés nus et sans fard.

Sur la droite un démon essaye d’enlever une âme, mais un ange veille au-dessus.

 

 

 Un  damné est enchaîné et précipité dans le fleuve de la damnation, la rivière  ardente de l’enfer qui part des pieds du CHRIST. D’autres damnés : des moines, des hérétiques … sont dévorés par des monstres. En bas, à droite, dans le fleuve est figuré l’Antéchrist. Dessous sont figurés les différents compartiments des Enfers :  les flammes, le tartare et  les ténèbres éternelles : c’est le chaos. 

 

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PHOTO 26 Dans la partie supérieure un ange au clairon annonçe le début du jugement dernier et l’éveil des morts : la Terre (certaines personnes sortent de leur cercueil)  et la Mer (un animal imaginaire rejette sa victime, un bateau remonte à la surface des eaux)   libèrent leurs morts pour qu’ils soient jugés. 

 

A l’opposé, sur la gauche, est représenté dans un nuage, la venue des justes  avec  en-dessous une représentation du PARADIS.
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A  la porte du PARADIS est  rassemblée  une foule de fidèles derrière SAINT PIERRE, une clef à la main. A la porte se tient un chérubin : il s’agit du chérubin à six ailes qui garde la porte du PARADIS.

Le PARADIS est toujours représenté comme un jardin (c’est d’ailleurs son sens premier en persan) baignant dans une lumière de couleur blanche. 

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 ll se développe sur deux registres  en haut la Vierge entourée de fleurs et d’oiseaux, et de deux anges, en bas ABRAHAM assis serrant dans ses bras SAINT LAZARE, entouré d'enfants debout symbolisant les âmes des fidèles. Entrant toujours en premier au PARADIS, le bon larron (le voleur Pénitent), une croix sur l'épaule.

La coupole de l’église  principale  (dite de la Transfiguration) est occupée par une représentation du CHRIST PANTOCRATOR   entouré des neuf ordres des puissances célestes, de prophètes et d’anges protecteurs.

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PHOTO 32  Les quatre évangélistes  sont représentés dans les quatre pendentifs : SAINT MATHIEU  

 

PHOTO 35 SAINT MARC  

 et SAINT LUC

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  Au-dessus de la porte d’entrée : une dormition de la vierge

 

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 Au-dessus d’elle sur un nuage se tiennent les anges, alors qu’un autre au pied de son lit coupe la main d’un juif qui avait osé touché le cercueil.

Derrière elle, JESUS  tient son âme.

On peut admirer également une représentation de la résurrection du Christ ainsi qu’une transfiguration :

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la scène se passe sur le Mont TABOR, le prophète ELIE se tient à la gauche du CHRIST  et MOISE à sa droite. A leurs pieds trois personnes sont à terre.

Nous devons également à ce peintre inconnu plusieurs saints  : saints guerriers

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 ou saints hommes, comme SAINT EUGENIOS

 

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 des ascètes (comme saint Antoine : 1er ascète chrétien qui vécut dans le désert égyptien au 3e siècle apr.J.-C., après avoir vendu tous ses biens,) des prophétes comme SAINT DANIEL représenté coiffé du petit chapeau rouge symbolisant une personne de confession juive. 

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 Mais certaines fresques n’hésitent pas à nous montrer le martyr des saints  : brûlés, pendus, décapités…

 

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C'est sur cette dernière vision que nous quittons le monastère de ROUSSANOU, et avant de nous rendre à AGHIOS NIKOLAOS ANAPAFSAS (ou monastère de Saint NICOLAS) nous bénéficions d'un repos bien mérité de quelques minutes !

 

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 AGHIOS NIKOLAOS ANAPAFSAS , monastère dédié à SAINT NICOLAS.

PHOTO 46  SAINT NICOLAS évêque de MYRES de LYKIA, protecteur des marins et donc fort apprécié des grecs.

 

De ce monastère : l’on aperçoit  encore l’échelle volante en bois qui seule auparavant en permettait l’accès.

 

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 Pourtant, aujourd’hui encore, l’ascension est rude !

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Les fresques datées de 1527 sont signées du maître THEOPHANIS. Ce moine (qualifié également dans les textes  de KYROU, c’est-à-dire "Seigneur ") fut le fondateur de l’école de peinture dite crétoise qui conduisit la peinture sacrée byzantine à son apogée. Sa renommée fut telle qu’il fut appelé au MONT ATHOS où on lui doit les peintures  du monastère du GRAND LAVRA (1536). Et pourtant, seules les fresques du monastère d’AGHIOS NIKOLAOS portent sa signature.

Le narthex du monastère   SAINT NICOLAS s’orne lui aussi d’une composition monumentale du JUGEMENT DERNIER, ainsi que d'une DORMITION de SAINT NICOLAS, patron de ce monastère,

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 de quatre scènes inspirées des miracles de JESUS :

PHOTO 64 la résurrection de LAZARE
 la guérison des possédés du démon PHOTO 66

 

PHOTO 67  la guérison de l’hydropique

 

  la rencontre du CHRIST avec la femme de SAMARIE
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 les NOCES DE CANA,

 

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 ainsi que les trois tentations du CHRIST

 

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Toujours  dans le narthex se trouve  deux scènes inspirées de l’Ancien Testament : trois enfants jetés dans la fournaise, ainsi que DANIEL dans la fosse aux lions. Dans le coin supérieur gauche de la fresque l’on aperçoit SAINT PACOME et un ange.

 

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 Mais la plus grande partie de la paroi est occupée par la Dormition de SAINT EPHREM de SYROS

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PHOTO 52 Au centre de la composition, SAINT EPHREM repose sur un lit couvert de paille, une icône entre les mains, la tête auréolée ; 

 

 

 

 

 un moine se penche sur lui pour l’embrasser PHOTO 62

 Derrière eux, un moine, un bâton à la main appelle ses frères à la dormition : certains arrivent à dos d’âne voire même à dos de lion (la scène se passe dans le désert de THEBAIDE,)

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 on aperçoit d’ailleurs ce qui semble être une panthère ?  ainsi que plusieurs autres petits animaux : chouette ? chien ou loup ? 

 

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 certains arrivent dans une chaise à porteurs ou  à dos d’homme,

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 voire même à genoux en signe de pénitence.

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 Cette fresque monumentale nous offre un tableau de la vie quotidienne des moines ascètes du désert : certains sont représentés au travail (généralement ils confectionnaient des paniers.) 

PHOTO 55 Ici dans une grotte un moine fabrique des cuillères ?

 

dans une  grotte au-dessus, un autre moine enseigne à son élève. PHOTO 56

 

 PHOTO 58   D’autres prient  en communauté

 

 seul dans le désert PHOTO 60

 

PHOTO 61 ou comme SAINT SIMEON (le premier stylite) en haut d’une colonne, ravitaillé par un jeune homme qui lui apporte à manger dans un panier. 

Une autre surprise nous attend sur la partie inférieure de cette paroi où l'on peut admirer une scène rare représentant  ADAM nommant les animaux au PARADIS.  La forteresse soulignant la scène symbolise le paradis et le protège.

 

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Tiré de l’ancien testament l’on remarquera également une représentation du poisson vomissant JONAS  : préfiguration de la sépulture et de la résurrection du CHRIST.

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 THEOPHANIS  nous offre également une galerie de portraits : des saints comme

 SAINT ATHANASE, fondateur du monachisme aux Météores,

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PHOTO 71  les fondateurs du monastère DIONYSOS métropolite de LARISSA et l’exarque NICANORAS,

 

 

les moines SAINT THEODOSE le CENOBIARQUE et SAINT THEOPHANE le CHRONOGRAPHE (en fait, ce saint faisait beaucoup de fautes d’orthographe et écrivait phonétiquement ce qui était très courant à l’époque !) torturé durant la crise iconoclaste, 

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 SAINT PAHOMIOS et l’ange de dieu,

 

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 SAINT JEAN CHRYSOSTOME, SAINT BASILE LE GRAND et SAINT GREGOIRE DE NYSSANCE  ,

 

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 SAINT JEAN DE DAMAS et SAINT EUTHYMIOS ,

 

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 SAINT SPYRIDON et SAINT JEAN LE CHARITABLE,

 

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PHOTO 78  SAINT CHRISTOPHE portant l’enfant JESUS sur ses épaules  à la mode occidentale.

 

  SAINT NICOLAS le jeune...

 

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L’on remarquera que chaque saint tient entre les mains un rouleau sur lequel est transcrit leurs paroles : chaque rouleau est donc propre à un saint.

Sont représentés également des prophètes, des martyrs : comme SAINT STEPHANE le premier martyr.

 

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 La coupole de l’église est occupée par une représentation de la liturgie céleste : le CHRIST officie, les anges participent à l’office, de part et d’autre les quatre évangélistes.  Tous,(à l’exception de SAINT JEAN qui est représenté dictant son évangile à son élève PROCHORE  car trop vieux pour l’écrire lui même. Ils sont installés à l’entrée de la grotte de PATMOS) se tiennent devant des édifices imaginaires (colonne dans une niche, rideaux…)  tenant un code (ou ILITARIO) ouvert sur lesquels s’inscrit le début de leur évangile respectif.

Des scènes de la présentation au temple, de la nativité, du baptême...

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 la résurrection, la CENE

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 On remarquera que JESUS se tient encore ici à gauche en tête de table et non pas au centre comme on le représentera plus tard sous l’influence occidentale.  

Malheureusement, comme ailleurs, beaucoup de trésors furent perdus aux Métèores :  à des époques postérieures, les moines  n’étant plus capables d’apprécier le travail de leurs prédécesseurs, se servirent d’anciens codes très précieux pour allumer le feu ou les vendirent à des étrangers à des prix insignifiants : l’exploitation de l’ignorance au Grand Météore était arrivée à un tel degré que les manuscrits s’achetaient au poids ! Fin 19e et début 20e, un grand nombre de manuscrits ont été transportés à la Bibliothèque Nationale d’Athènes, tandis que d’autres furent vendus à l’Université de Munich ou offerts à la Bibliothèque Nationale de Berlin.

Tellement de choses à voir et si peu de temps: notre promenade s'arrêta là. Nous y reviendrons.

Rendez-vous est pris pour l'année prochaine : voyage et paysages différents : LES CYCLADES.

 

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Publié dans VOYAGES

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Prümm Aloyse 03/10/2014 09:39

Excellent travail, bonne recherche, pas simplement un étalage d' images. Merci !

heve marianne 12/10/2010 16:54


Alors Marie Claude, tu es déjà nostalgique des séjours helléniques. En nous rappelant le voyage de l'année dernière tu nous ferais regretter notre retour. Comme d'habitude tu as très bien revivre
beaucoup de bons souvenirs.