IMPRESSIONS de Marie-Claude Jardel

Publié le par Les amoureux de la Grèce

 

 

Exposition au PETIT PALAIS à PARIS : 

« LE MONT ATHOS ET L’EMPIRE BYZANTIN : TRESORS DE LA SAINTE MONTAGNE »

(photos et explications des œuvres issues du catalogue de l’exposition)

 

MONT ATHOS, la SAINTE MONTAGNE, lieu magique et hors du temps, chapelet de petits monastères isolés à l’extrémité d’une péninsule grecque de la mer EGEE, accessible uniquement par bateau. Loin de tout et de tous. A l’abri de ces murs, des prêtres ont vécu et vivent encore ,gardiens d’une tradition, d’une pensée. Dans la solitude, avec amour et patience, tout au long des siècles,  ils ont créé ou ont été les instigateurs de véritables œuvres d’art.

 

Prières et méditations comme processus de création. Création d’œuvres  intemporelles et universelles. Car bien qu’étrangement issues d’un monde qui nous reste étranger, à nous occidentaux, ces œuvres nous touchent, nous parlent. Elles racontent une histoire, notre histoire, une histoire commune à l’ensemble du monde CHRETIEN.

 

Que cachent ces murs ? Que renferment ces bibliothèques ? Quels trésors accumulés aux cours des siècles reposent en ces lieux ?

 

Autant de trésors que la plupart d’entre nous et surtout,  nous les femmes, car interdites de séjour en ce lieu saint, nous n’aurions  jamais pu contempler si l’initiative de cette exposition n’avait été prise. Pour la première fois certaines de ces œuvres quittaient la montagne sacrée.

En tout 200 œuvres prêtées pour l’occasion par les moines du MONT ATHOS.

 

 

L’histoire de l’EMPIRE BYZANTIN,  l’histoire du Mont, son organisation  et ses différents monastères, chacun d’entre nous peut s’en informer grâce à Internet. Mais peu ont eu la chance de pénétrer dans une église Byzantine (véritable écrin) et  de participer à un rite orthodoxe.

Et si l’on connaît essentiellement la tradition byzantine par ses icônes et ses manuscrits, les arts dits somptuaires, peu connus, témoignent  également  d’une tradition riche et élaborée. Ces derniers étaient largement représentés dans cette exposition : 

 

  Calices     
              
                                    

 

Calice dit « le jaspe » (Monastère de VATOPEDI) : seconde moitié du  14ème siècle : formée d’une seule pierre de jaspe avec une monture en argent doré. Les anses en forme de dragons relient la coupe au pied. Ces mêmes animaux fantastiques se retrouvent dans les médaillons du socle polygonal.

C’est un des plus importants trésors des monastères du MONT ATHOS  et compte parmi les plus remarquables œuvres de l’orfèvrerie byzantine.

Il constitue un objet d’étude pour de nombreux spécialistes.


 

Camée (ENKOLPION). Ces bijoux renferment parfois des reliques et sont destinés à être portés sur la   poitrine


ENKOLPION
 : médaillon ou croix reliquaire.
 Ici SAINT GEORGES (11-12ème  siècles :
Monastère de VATOPEDIE) représenté  dans son
costume militaire, tenant un bouclier et une lance.
Ce thème suit un modèle consacré des saints
militaires.

Ces ENKOLPIA ont été réalisés dans des ateliers
de CONSTANTINOPLE, des BALKANS, de KIEV,
ou de NOVGOROD


 


Croix pectorale

 







 CROIX PECTORALE
 :
 camée de jaspe (11èmesiècle)
 ornée de perles et de pierres semi- précieuses   représentant ici le CHRIST  (Monastère de VATOPEDIE).

 
 

 

 

 

 

 




Revêtement d’une reliure d’un TETRAEVANGILE (début 13ème et 14ème siècles) bronze et argent dorés, émail. (Monastère d’IVIRON)


A gauche, la CRUCIFIXION, est un exemple typique des ateliers de LIMOGES.

 

 

 






Au milieu de ces œuvres d’art, véritables bijoux d’orfèvrerie, l’on découvrait des objets nécessaires au déroulement du culte : Croix d’Iconostase, fragments de porte de BEMA,  porte séparant le sanctuaire de la nef et recouverte d’icônes, lutrins réservés aux chantres, vêtements et ornements liturgiques brodés, PODEA voile brodé liturgique recouvrant le pupitre destiné à recevoir l’icône du jour, EPITAPHIOS grand voile liturgique brodé utilisé lors de la semaine sainte et représentant le CHRIST mort étendu sur la pierre, avec des anges aux quatre coins. Autant d’objets permettant de nous faire une idée de la grandeur et de la magnificence du rite des églises byzantines.

 





 Lutrin de bois (15ème siècle - Monastère de VATOPEDI),
 un des rares exemples de meubles byzantins en bois sculpté
 conservés. Le décor compose le cycle iconographique
 de l’hymne ACATHISTE illustrant une strophe à la VIERGE.

 Cet hymne remercie la VIERGE de la délivrance
 de CONSTANTINOPLE des AVARS en 626.





 

 






Et ce qui ne pouvait être exposé ou dont l’explication aurait dépassé largement le cadre de cette exposition, était représenté par des icônes  ou des parchemins : différents types d’ascétisme, règles de vie ou scènes de la vie quotidienne monastique…

 

Une large place avait été faite aux Livres Saints (Evangéliaires, Psautiers), GERONTIKON : recueils d’exhortations pour les moines,



                                   

 

             PSAUTIER sur parchemin, milieu du 9ème siècle

                                            (Monastère du PANTOCRATOR)

 


mais aussi icônes à fond d’or, spécificité de la peinture byzantine,


 




Saint GEORGES, à gauche, tient entre ses mains sa tête coupée et semble s’entretenir avec le CHRIST

 

Saint PAUL XEROPOTAMINOS, à droite, porte une maquette de l’église confirmant ainsi l’histoire de la fondation de ce dernier monastère.

Saints GEORGES et PAUL XEROPOTAMINOS

Entourant le CHRIST (16ème siècle, Monastère de ST PAUL)

 


 

                                           

                            Saint JEAN le THEOLOGIEN -  Saint JEAN-BAPTISTE


Grande DEISIS (intercession en faveur de l’humanité) : 3ème quart du 14ème siècle, bois, détrempé à l’œuf. (Monastère de VATOPEDIE).

 

Tout un florilège de saints était ainsi présenté : Saint DEMETRIOS  et Saint KERYKOS, Saint EPHREM et Saint SYMEON, Sainte JULITTE et Saint PACOME ainsi que  la VIERGE MARIE maintes fois représentée.

                                                                                                                      

 La VIERGE est représentée en pied, suivant le type de la VIERGE HODEGETRIA, la main droite à la hauteur de la poitrine, inclinant légèrement le corps et la tête vers le CHRIST qu’elle porte sur son bras gauche. Le CHRIST dressé, le corps droit, bénit de la main droite et tient un rouleau fermé de la main gauche.

 

 


 

 

 

 


 

 

Icône de la VIERGE HODEGETRIA :

début 14ème siècle. Bois détrempé à l'oeuf.                  
(Monastère de VATOPEDIE)

 

 









Subitement l’idée saugrenue m’apparut que j’aurais pu effectuer cette visite et découvrir ainsi différemment le monde byzantin en me laissant porter par l’étrange musique de ces mots aux sonorités étranges et inconnues: ASTERIKOS, HAGIORITISSA, DODEKAORTON, APOLYTIKON, HODEGETRIA, MENEES, DEISIS, KATZION…  (à vos dictionnaires !)

 

 

 

Le regard était attiré par de multiples manuscrits richement enluminés, des parchemins impériaux, des commentaires des Livres Saints ou du Nouveau Testament comme celui de COSMAS INDICOPLEUSTES commerçant et voyageur du 13ème siècle originaire  d’Alexandrie, sermons et épîtres (Grégoire de NAZIANZE seconde moitié du 10ème siècle) commentaires de l’APOCALYPSE (TETRAEVANGILE seconde moitié du 11ème siècle),  Homélies de JEAN CHRYSOSTOME, textes d’ OLYMPIODORE, des romans d’édification pour les ecclésiastiques, ainsi que des GEOGRAPHIES de PTOLEMEE et de STRABON (parchemins du 13ème et 14ème siècles, un des manuscrits les plus précieux du MONT ATHOS)  comportant également une série de cartes reproduisant le monde connu de l’époque, un PROSKYNETARION  ou guide de voyage des lieux saints daté de 1680, ainsi qu’un ANASTASIMATARION manuscrit comprenant une introduction à la théorie musicale, ainsi que des fragments d’offices de vêpres et de la Sainte liturgie …

 

 Vertige devant tant de grands noms, tant de savoirs accumulés, inaccessibles, brefs aperçus sur la richesse de la pensée et de la réflexion de nos Pères précieusement conservée, commentée et annotée, patiemment recopiée et retransmise au cours des siècles, sentiment de se sentir si petite devant tant de connaissances et pourtant tellement fière d’avoir su lire et traduire la première ligne de l’épître de Grégoire de NAZIANZE, frustration de ne pouvoir toucher, feuilleter. Tant de choses à apprendre et à redécouvrir.

 

 

Un peu perdue au milieu de ce monde inconnu pour moi, je trouvais quand même quelques îlots de connaissance : Saint GEORGES terrassant le dragon, l’Archange GABRIEL …



                                                                                                                        






           

Archange GABRIEL : Grande DEISIS,
3ème quart du 14ème siècle.
Bois détrempé à l’œuf. (Monastère de VATOPEDIE)



 

 

                                                                                                                        

 


De nombreuses scènes de la TRANSFIGURATION, de la PASSION et de la NATIVITE  dont une Nativité en tissu de soie rouge, brodée aux fils d’or, d’argent et de soie de couleur, une incrédulité de SAINT THOMAS qui me renvoie à notre découverte du monastère  d’HOSIOS LOUKAS dans le PELOPONNESE avec nos amis de l’Association Franco- Hellénique de la Corrèze.

 

Et enfin pour terminer, dernier petit coup de cœur, dernier petit cadeau personnel en forme de clin d’œil de cette exposition, une fresque de PIERRE et de PAUL  rappel de ma croisière oeucuménique sur « les pas de SAINT PAUL ».

 

 

L’embrassement de PIERRE et de PAUL : vers 1170-1180, fresque. Monastère de VATOPEDI

 

 





 

Un après-midi n’était pas suffisant pour découvrir et s’approprier de tels trésors, mais cette exposition nous a offert un  magnifique aperçu sur l’art religieux et nous a permis de mieux appréhender le rayonnement spirituel  toujours actuel du MONT ATHOS.

 

 

 

 

 

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Commenter cet article

Les amoureux de la Grèce 20/01/2011 23:18


Bravo Marie! Quel travail!!!


jojo 06/08/2009 10:08

Bonjour,
Amoureuse de la Grèce depuis longtemps, c'est avec un plaisir non dissimulé que j'ai lu (et relu) votre article sur cette exposition du Petit Palais. Vous m'avez tout simplement donner envie de revoir cette terre sacrée, ce pays au mille visages,ces hommes et ces femmes si accueillants.... Véritable plongée dans mes souvenirs de jeunesse. Ce n'est pas le 1er article que je lis signé par vous (voir l'excellent compte-rendu du voyage intitulé:"Promenade en Grèce") et à chaque fois la magie s'opère. Je me retrouve 10 ans en arrière, contemplant le coucher du soleil sur le port de Rhodes, sirotant un café à la terrasse d'un bistrot athénien ou déambulant en plein après-midi dans les ruelles de Mykonos.
Merci, merci à vous de redonner vie à mes vieux souvenirs. Bravo à tous,pour tout ce que vous faites au sein de cette association.